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      • Djamazz a écrit :"il aurait fallut préciser que la photo dans l’article n’est pas celle de Abi Medien Cho3aib afin de ne pas induire..."
      • Athée a écrit :"* dans sa version d’origine, le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, c’est un libre penseur (ou libertin..."
      • karim a écrit :"ca veux dire quoi libertin ????"

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publié le 30 mar 2009

Géographie du sexisme

MauvaisMoyenBonTrès bonExcellent (4 votes, moy : 4/5)
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Vingt ans de prison ont été récemment requis à l’encontre de l’homme pakistanais qui, en 2005, avait tenté de brûler vive son ex-petite amie, Shérazade, qui refusait de l’épouser. On pourrait, en tant que féministes, s’en réjouir…

Violence femmesLe traitement de cette affaire nous apparaît malheureusement comme une source supplémentaire de désespoir. Non seulement les violences faites aux femmes sont un phénomène massif [1], non seulement aucune politique publique digne de ce nom n’existe en France, mais les seuls cas perçus comme assez légitimes pour attirer l’attention des médias et de la classe politique sont systématiquement ceux qui mettent en cause immigrés, jeunes de banlieue, musulmans et/ou arabes.

Comme si la violence faite aux femmes n’était pas un phénomène répandu dans toute la société française, de la classe politique à la classe ouvrière, des textes de chanson aux comptoirs des cafés. En 1976, Johnny Hallyday, notre chanteur 100% national, ne chantait-il pas :

« Je l’aimais tant que pour la garder je l’ai tuée » ?

Ni Putes Ni Soumises a ainsi fait de Shérazade sa « vice-présidente » d’honneur. Avec une femme sur vingt victime en 1999 de violence physique (des coups à la tentative de meurtre), les candidates à ce statut sont légion : pourquoi donc les conditions requises pour être défendue par NPNS sont-elles indissociablement liées à la couleur de la peau ? Pourquoi les banderoles des (rares) manifestations qu’elle organise affichent-elles toujours des prénoms arabes : Ghofrane, Shérazade et Sohane ? Où sont les Monique, les Catherine, les Françoise, tout aussi mortes ? 

La réponse est simple : le sexisme sévit « là-bas », en banlieue, pas « ici », dans la République française. Et pour que ce soit plus clair encore, la présidente de NPNS a déclaré que Shérazade était le « symbole aujourd’hui des violences faites aux femmes ».

Il faut le dire avec force aujourd’hui : ce discours est non seulement raciste mais aussi anti-féministe. Raciste car il fait des arabes et/ou des musulmans des individus naturellement programmés au sexisme. Sexiste car il vient alimenter l’idée, à la base de la pensée anti-féministe, que « la violence sexiste ne peut être qu’accidentelle chez nous parce que le patriarcat est localisé ailleurs » [2] . Ailleurs, et c’est là qu’un stade est franchi avec l’affaire Shérazade… Le patriarcat ne survit pas seulement dans nos banlieues, nous dit-on. Pour être sûr que l’on comprenne bien que le patriarcat des banlieues n’a rien à voir avec le « nôtre », le procureur a renvoyé le geste de cet homme aux « crimes d’honneur » commis au Pakistan, le pays des terroristes, bien sûr, CQFD…

Il ne faut pas minimiser tout ce que nous perdons, nous féministes militantes, à nous laisser imposer cette géographie de la violence sexiste. Car bouter symboliquement le sexisme hors de France, c’est occulter la grande tradition française, notamment de « crime d’honneur ». Rebaptisé « crime passionnel » après avoir disparu du code pénal à la fin du 19è siècle, ce type de crime a été efficacement ressuscité sous la forme d’une stratégie des avocats de la défense qui a le grand mérite de faire passer un meurtre pour un acte d’amour.

Mais à la tradition française des violences sexistes s’ajoute une autre : la disculpation voire l’héroïsation de leurs auteurs. Rappelons-nous Bertrand Cantat, pour qui, après qu’il a tué sa compagne Marie Trintignant, à coups de poings (19), puis l’a laissé agoniser pendant 6 heures, tant de larmes ont été versées ; tant de compassion déversée pour sa « vie perdue », au point que certains le considéraient comme également victime de ce « malheureux incident » (entendu à la télévision le 19 février 2009) que la morte.

Il ne s’agit pas ici de minimiser la violence exercée sur Shérazade ; mais comparons seulement :
- les vingt ans de prison requises contre l’homme qui a agressé et atrocement blessé Shérazade (sans néanmoins la tuer).
- les 4 ans (et non les 8 auxquels il fut condamné) passés en prison par Bertrand Cantat pour un meurtre qui serait en fait, selon les juges lithuaniens, un assassinat.

Une autre comparaison instructive reste, à notre sens, celle qui met en parallèle le traitement de deux affaires : l’agresseur de Shérazade et le député UMP de Moselle Jean-Marie Demange qui, en novembre dernier, s’est suicidé après avoir tué sa maîtresse. La dénonciation consensuelle du premier n’a eu d’égale que les commentaires désolés sur le deuxième, décrit comme un homme épuisé et à bout - le pauvre homme avait, il est vrai, perdu son poste de maire de Thionville, ce qui excusait bien aussi un autre de ces « moments de folie » (le mot couramment employé pour Cantat) auxquels les hommes ont droit, au moins une fois dans leur vie, et tant que les victimes en sont des femmes.

Et c’est ainsi qu’une minute de silence a pu être observée à l’Assemblée en l’honneur d’un meurtrier devenu héros national. Sa maîtresse assassinée allait, elle, rejoindre les statistiques anonymes et invisibles de la violence sexiste chez nos bons Français. 

Post-scriptum 

Cet article, paru initialement dans le journal Politis le 19 mars 2009, doit beaucoup au débat qui a eu lieu à la Ligue des droits humains le 14 février 2009 avec Christine Delphy autour de son livre Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?. Merci à toutes les participantes. 

Par Sylvie Tissot, Christine Delphy, 24 mars 2009
Source : http://lmsi.net/spip.php?article873


Notes :

[1] Une femme meurt de violences conjugales tous les trois jours (137 mortes en 2006). Voir plus précisément L’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff) et le Rapport Henrion.
[2] Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les « autres » ?, La Fabrique, 2007.

Famille publié par mulimed


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Commentaires (6)

  1. De leila
    posté le 30 mars 2009
    à 7:53
    Salam

    Excellent article. Merci Mulimed :wink:

    Score : 0
  2. De aline
    posté le 30 mars 2009
    à 8:15
    Salam

    Cher frère

    Merci pour ton article qui décrit malheureusement une triste réalité. Il faut malheureusement des actes horribles comme le meurtre de Marie Trintignant ou l’agression de Shéhérazade pour que les journaux parlent de ce que vivent au quotidien de nombreuses femmes de toute origine et de tout milieu. La justice n’est pas assez sévère pour les coups que les femmes ont subis, pour les humiliations physiques et morales, pour les traumatismes vécus par les enfants qui ont vu leur père s’acharner sur leur mère. Quelques mois de prison n’est pas cher payer pour une vie de femme et d’enfants à reconstruire. Les peines doivent être exemplaires car cette violence faite sur une personne fragile, qui ne peut se défendre, ne doit pas devenir normale. Il ne faut pas attendre la mort de la femme pour sanctionner durement. Un grand merci aux associations qui viennent en aide à ces femmes traumatisées et qui les aident à retrouver la dignité et une confiance en elle.

    Score : 0
  3. De mulimed
    posté le 30 mars 2009
    à 15:13
    Salam

    L’article de Sylvie Tissot et Christine Delphy (donc pas le miens) pose plutôt un regard critique de la manière dont la France ignore volontairement la réalité que subissent les femmes françaises pour ne se concentrer que sur les cas étranger pour donner l’illusion que la violence s’est introduite par la porte de l’immigration et qu’elle n’existe pas déjà sur le territoire national.

    L’association Ni Pute Ni Soumise citée dans l’article va justement encourager cette vision contre-féministe en prenant pour symbole du mauvais traitement des femmes des filles d’origine pakistanaises, maghrébines ou africaines.

    Score : 0
  4. De leila
    posté le 30 mars 2009
    à 21:21
    Salam

    Ce qui m’a marqué dans l’article c’est la différence des condamnations des violences faites aux femmes selon la nationalité de l’auteur quand il s’agit d’un étranger on parle de barbarie et quand il s’agit d’un français ça devient un crime passionnel (avec circonstances atténuantes!!)et les peines sont trés différentes : le cas de Bertrand Cantat est édifiant :!:

    Score : 0
  5. De aline
    posté le 31 mars 2009
    à 20:43
    Salam

    Le cas de Bertrand Cantat est malheureusement un cas à part du fait de sa célébrité. La sur-médiatisation de certains cas de maltraitance n’est que l’arbre qui cache la forêt. Les effets d’annonce suite à de graves incidents n’ont pas résolu le problème qui se passent de partout dans les banlieues (et cela est très médiatisé) et dans les milieux plus bourgeois. Mais la part du silence des femmes battue est très importante surtout dans les milieux dit bourgeois. C’est vrai que les journaux ont pris pour cible les jeunes de banlieues et la violence qui y règne malheureusement. Tant que la justice ne sera pas juste avec toutes les victimes qu’elles soient médiatisées et soutenues par NPNS ou qu’elles soient des simples anonymes, la violence continuera. Il ne faut pas que la justice condamne pour faire un exemple de ce qui se passe ailleurs, par respect pour la victime mais par respect pour toutes les victimes qui elles ne sont pas médiatisées. Il ne doit pas y avoir deux poids, deux mesures. Il est affreusement triste que lors de l’affaire Marie Trintignant les journaux ont découvert la maltraitance de la femme et pour en arriver à quelques années de prison pour la mort d’une femme. Messieurs les tortionnaires la prison n’est rien, continuez en toute impunité puisque vous ne risquez que quelques années de prison. Par contre, suivant l’instrument de votre torture utilisé vous risquez de prendre vingt ans : à déconseiller le briquet et l’essence car cela vous classerez dans la liste noire par contre la poêle de la cuisine sur la tête ou vos poings c’est huit ans de prison. Quelle honte que cette justice à deux vitesses ! Aucun respect pour la femme battue. Je suis très heureuse que celui qui a commis cet acte horrible envers Shéhérazade soit lourdement puni c’est normal, il lui faudra pour elle du temps pour se reconstruire dans sa vie de femme. Les journaux ont leur part de responsabilité dans l’image qu’ils véhiculent sur la violence exercée envers la femme, ils véhiculent une image terrible pour ceux issus des banlieues, mettant dans la tête des citoyens une image de “jeunes tortionnaires incendiaires”. Les journaux et la justice doivent faire leur travail avec équité et surtout ne pas faire la publicité à ses actes afin que d’autres n’aient pas la même idée. Car à trop parler de quelque chose on risque de trouver des vocations. Bon courage à vous toutes et excusez pour mon blabla incessant.

    Score : 0
  6. De mulimed
    posté le 1 avril 2009
    à 3:12
    Salam

    Je m’excuse de la part d’Aline, la touche Entrée de son clavier a brûlé…

    Score : 0

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