D‘origine martiniquaise, Frantz Fanon est né le 20 juillet 1925 à Fort de France. Il est le cinquième enfant d’une famille mulâtre.
Il fera ses études dans le Lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France où Aimé Césaire enseigne à l’époque. Il fera ses études de psychiatrie à Lyon et le sujet de sa thèse, "Essai pour la désaliénation du Noir", reflète ses propres interrogations : Quel peut être pour le Nègre un destin qui ne soit pas celui du Blanc ?
Son travail se construit comme un essai anthropologique et psychologique, développant la perspective phénoménologique d’un "exister" du Nègre qui peut être autonome et distinct des valeurs posées comme universelles par les Blancs. La thèse est refusée, pour des raisons autant de fond que de forme. Frantz Fanon change alors de sujet et rédige une thèse insipide sur "un cas de dégénérescence spino-cérébelleuse ou maladie de Friedrich. Il sera par la suite affecté à Blida en Algérie. Il a marqué le XXème siécle par son engagement et son action en faveur de l’indépendance des pays colonisés. Il est l’un des fondateurs du courant tiers-mondiste et contribuera à expliquer les conséquences psychologiques entre autres de la colonisation sur le colon et le colonisé. Il dira: « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. ». Psychiatre moderne,écrivain, militant anticolonialiste, il s’engage dans la lutte pour l’indépendance algérienne de 1955 à 1961. Ce " rassembleur ", qui avait " une passion pour ce qui lie les hommes entre eux malgré leur différence ", marquera son temps d’une présence indélébile. Ces écrits soulèvent des tollés, et l’homme dérange autant qu’il séduit. Fanon épate, de Simone de Beauvoir à Sartre, en passant par le jeune Bouteflika. Fanon dérange : en 1953, son livre " Peau noire, masques blancs ", écrit de sa rencontre avec la société française majoritairement blanche et de son expérience de noir minoritaire, est mal perçu. Provocateur et novateur à la fois , il explore des thèmes sur lesquels les Noirs n’étaient pas censés réfléchir à l’époque. L’histoire de Fanon commence avec des déceptions et l’amère réalité malgré son idée sur l’égalité des Hommes. Pendant la seconde guerre mondiale : parti se battre pour un idéal, il sera confronté à " la discrimination ethnique, à des nationalismes au petit pied ". Puis, une fois psychiatre, la rencontre douloureuse avec une Algérie subissant le racisme ordinaire des " Européens ", racisme qu’il rencontrera dans le milieu universitaire ainsi que dans le milieu psychiatrique dans lequel il oeuvre. La ségrégation existe à l’intérieur de l’Hôpital Psychiatrique de Blida dans lequel débarque Fanon avec des idées bien trop révolutionnaires pour l’époque et le lieu. Il constatera la différence de traitements entre les malades "indigénes" et les Européens qui ne sont pas "mélangés" et où la guérison est plus possible voire souhaitée pour un Européen que pour un indigène. Malgré l’hostilité affichée de ses collègues, Fanon appliquera ses méthodes visant à rendre à l’asile son caractère humain, entrainant dans son sillage le personnel algérien jusque là complètement déconsidéré. C’est presque naturellement qu’il est contacté par le Front de Libération Nationale algérienne, avec lequel il va collaborer jusqu’à sa mort, devenant le représentant de l’Algérie en guerre à l’étranger. Il sera même rédacteur dans le journal "El Moudjahid" organe de presse du FLN. Cet engagement lui vaudra plusieurs attentats auquel il réchappera. Observateur soucieux des premières indépendances africaines, il prônera sans relâche la solidarité et l’unité africaine : " Chaque Africain doit se sentir engagé concrètement, et doit pouvoir répondre physiquement à l’appel de tel ou tel territoire… Il importe de ne pas isoler le combat national du combat africain. " Il est atteint d’une leucémie et décédera prématurément à l’âge de 36 ans aux États-Unis. Il aura juste le temps de terminer " Les Damnés de la terre ". Le livre, préfacé par Sartre, fut interdit en France dès sa sortie. Il sera inhumé en Algérie comme il l’avait demandé. Dans son livre L’an V de la révolution algérienne (1959) il écrivait ceci : « Ayons les femmes le reste suivra. Il y a chez l’Européen cristallisation d’une agressivité, mise en tension d’une violence en face de la femme algérienne. Dévoiler cette femme, c’est mettre en évidence la beauté, c’est mettre à nu son secret, briser sa résistance, la faire disponible pour l’aventure. Cacher le visage, c’est aussi dissimuler un secret, c’est faire exister un monde du mystére et du caché. Confusément, l’Européen vit à un niveau fort complexe sa relation avec la femme algérienne. Volonté de mettre cette femme à portée de soi, d’en faire un éventuel objet de possession. Cette femme qui voit sans être vue frustre le colonisateur. Il n’y a pas réciprocité. Elle ne se livre pas, ne se donne pas, ne s’offre pas. L’Algérien a, à l’égard de la femme algérienne, une attitude dans l’ensemble claire. Il ne la voit pas. Il y a même volonté permanente de ne pas apercevoir le profil féminin, de ne pas faire attention aux femmes. Il n’y a donc pas chez l’Algérien, dans la rue ou sur une route, cette conduite de la rencontre intersexuelle que l’on décrit aux niveaux du regard, de la prestance, de la tenue musculaire, des différentes conduites troublées auxquelles nous a habitués la phénoménologie de la rencontre. L’Européen face à l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore vont évoluer de façon permanente.» Références:
Alice Cherki, Frantz Fanon Portrait, éd. Le Seuil, Paris, 2000
Frantz Fanon Wikipédia
Petits moments de la psychiatrie en France, Patrick Clervoy et Maurice Corcos, éditions EDK, janvier 2005.







